Commande publique : le coup d’arrêt qui inquiète

, mis à jour le 08/04/2026 à 18h25
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À l’approche du scrutin de mars 2026, les communes – premiers investisseurs publics du pays – ont freiné leurs engagements

Au lendemain des élections municipales, Syntec-Ingénierie alerte sur un recul inédit de la commande publique d’ingénierie. Un décrochage qui pourrait freiner durablement l’investissement local et compromettre la préparation des infrastructures de demain.

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Le constat est sans appel. En 2025, la commande publique d’ingénierie a chuté de 15 %, un recul historique qui efface plusieurs années de progression et ramène le secteur à son niveau d’avant-crise sanitaire. 
Derrière ces chiffres, un signal lourd de conséquences. Car l’ingénierie constitue le premier maillon de la chaîne : quand les études ralentissent, les chantiers suivent. Et déjà, le secteur du bâtiment accuse le coup, avec une baisse de 27 % des marchés.

Le syndrome des municipales

Comme souvent, le cycle électoral a joué à plein. À l’approche du scrutin de mars 2026, les communes – premiers investisseurs publics du pays – ont freiné leurs engagements. Leur part dans les projets locaux est tombée à 36 %, contre 41 % en moyenne ces dernières années. Mais cette fois, le phénomène prend une ampleur inédite. Contraintes budgétaires, incertitudes politiques, inflation des coûts : les collectivités ont différé ou redimensionné leurs projets.
Résultat : un effet domino redouté pour les années à venir, avec une contraction attendue de l’activité dans la construction et les infrastructures dès 2026.

Une dette invisible qui s’accumule

Au-delà de la conjoncture, c’est une tendance plus profonde qui inquiète. La France vit encore sur les infrastructures héritées des Trente Glorieuses : réseaux de transport, équipements publics, réseaux d’eau ou d’énergie. Mais ce patrimoine vieillit, et son entretien ne suit pas. Ce que les experts appellent la “dette grise” – ce passif lié à des décennies de sous-investissement – continue de s’alourdir. Dans un contexte de dérèglement climatique, cette fragilité devient critique. Infrastructures sous-dimensionnées, réseaux vulnérables, bâtiments énergivores : le coût de l’inaction dépasse désormais celui de l’investissement.

Un mandat sous pression

Les nouvelles équipes municipales héritent donc d’une responsabilité lourde. Car ce sont bien les collectivités qui portent près de la moitié de la commande publique d’ingénierie et plus de la moitié des volumes de projets. Rénovation énergétique, modernisation des transports, adaptation au changement climatique, revitalisation des centres-bourgs : les besoins sont identifiés, urgents… et coûteux. Pour Syntec-Ingénierie, le message est clair : il faut sortir du stop-and-go et retrouver une trajectoire d’investissement stable et lisible. « Les chiffres de 2025 sont un signal d’alarme que nous ne pouvons ignore », alerte Michel Kahan, président de la fédération. 

Réinvestir pour préparer l’avenir

Au fond, le débat dépasse la seule relance économique. Il pose une question stratégique : la France est-elle encore capable d’anticiper ses besoins d’infrastructures ? Pour éviter un décrochage durable, les professionnels appellent à une programmation pluriannuelle, à la sécurisation des projets engagés et à une meilleure évaluation du coût de l’inaction. Car l’enjeu est là : réinvestir aujourd’hui pour ne pas subir demain.
 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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