Gestion de l’eau : le mur d’investissements qui attend les territoires
Réseaux vieillissants, nouvelles normes, lutte contre les PFAS, prévention des inondations, adaptation au changement climatique… Selon une étude réalisée par La Banque Postale, Sfil, Intercommunalités de France et le WWF, les collectivités devront faire face à un besoin massif d’investissements dans les années à venir. Une équation financière complexe qui pourrait peser durablement sur les budgets locaux et sur la facture des usagers.
Un réseau qui fuit, une station d’épuration à moderniser, un captage à protéger ou une digue à renforcer : derrière chaque robinet ouvert se cache une infrastructure coûteuse et souvent vieillissante. Pourtant, ces investissements indispensables restent largement insuffisants. C’est l’un des principaux enseignements de l’étude La gestion de l’eau, un long fleuve pas si tranquille pour les collectivités locales, publiée par La Banque Postale, Sfil, Intercommunalités de France et le WWF.
Selon les auteurs, le déficit d’investissement annuel atteindrait près de 6,4 milliards d’euros pour le bloc communal. Le « petit cycle de l’eau » – eau potable et assainissement – représenterait à lui seul un besoin supplémentaire de 4,4 milliards d’euros par an, auxquels s’ajoutent environ 2 milliards d’euros pour la gestion des eaux pluviales et la prévention des inondations.
Des infrastructures sous pression
Les collectivités doivent aujourd’hui faire face à plusieurs défis simultanément. Le premier concerne le renouvellement des infrastructures. La France compte près de 850 000 kilomètres de réseaux d’eau potable et 390 000 kilomètres de réseaux d’assainissement, dont une partie importante nécessite des travaux de modernisation. À cette problématique s’ajoutent de nouvelles obligations réglementaires, notamment en matière de traitement des eaux usées, mais aussi la montée en puissance des pollutions émergentes comme les PFAS ou certains résidus chimiques. Le changement climatique accentue encore les tensions sur la ressource avec des sécheresses plus fréquentes, des conflits d’usage et des besoins croissants de sécurisation de l’approvisionnement. L’étude rappelle que lors de la sécheresse de 2022, plus d’un millier de mesures exceptionnelles ont dû être prises par les collectivités pour garantir l’accès à l’eau potable, allant jusqu’au transport d’eau par camion dans certains territoires.
Qui paiera la facture ?
Face à ces besoins, les collectivités disposent de quatre principaux leviers : les tarifs de l’eau et de l’assainissement, l’emprunt, les subventions et la fiscalité, notamment via la taxe GEMAPI dédiée à la prévention des inondations. Mais aucun de ces outils ne constitue une solution miracle. Les projections réalisées à l’horizon 2040 montrent que les dépenses liées à l’eau pourraient augmenter de 50 % à près de 100 % selon les scénarios retenus. Pour financer le seul renouvellement des infrastructures, les tarifs de l’eau potable pourraient devoir progresser de 3,5 % à 6 % par an, tandis que l’endettement des services serait amené à croître fortement.
Pour les collectivités, le défi dépasse donc la seule gestion technique de l’eau. Il s’agit désormais de trouver un équilibre entre préservation de la ressource, maintien d’un service public de qualité et soutenabilité financière pour les habitants. Une équation qui pourrait devenir l’un des grands enjeux du mandat 2026-2032.