Mutuelles communales, quand le maire s’occupe aussi du reste à charge
Trouver un médecin, puis pouvoir payer les soins : pour les habitants, l’accès à la santé se joue sur les deux tableaux. À La Roche-sur-Yon, une complémentaire santé municipale est en préparation pour l’été 2027. Une réponse concrète qui rappelle combien les mairies deviennent les guichets des difficultés du quotidien.
On connaissait le maire bâtisseur, le maire protecteur, le maire appelé à la rescousse pour trouver un généraliste. Voici le maire facilitateur de complémentaire santé. À mesure que les budgets des ménages se resserrent, la liste des attentes s’allonge au comptoir municipal. Avec une demande assez simple, au fond : pouvoir se soigner sans devoir refaire tous ses comptes.
À La Roche-sur-Yon, le projet de mutuelle municipale part de cette réalité. Des habitants sans couverture complémentaire, d’autres insuffisamment protégés, des retraités étranglés par les cotisations… Et, derrière les contrats, des soins que l’on reporte. Le maire, également médecin généraliste et toujours en activité à temps partiel, résume l’enjeu : « L’accès au droit, c’est aussi un des premiers accès aux soins. » Une évidence qui mérite de sortir des conférences pour entrer dans les pratiques.
Une cotisation moins chère ne fait pas tout
La promesse est séduisante : faire jouer le collectif pour obtenir une couverture adaptée à des conditions plus intéressantes. Encore faut-il regarder ce qui se cache derrière le prix affiché. Une petite cotisation peut laisser un grand trou dans le budget au premier pépin. La ville veut donc commencer par identifier les besoins. Le diagnostic, accompagné par la Banque des Territoires, doit porter sur l’ensemble de l’agglomération, soit environ 100 000 habitants répartis dans treize communes. Jeunes et étudiants, retraités, ménages modestes, personnes en situation de handicap sans emploi figurent parmi les publics auxquels la démarche entend prêter attention.
La santé mentale, le dentaire et l’optique seront particulièrement examinés. Les services sociaux, les acteurs de la jeunesse et les établissements accueillant des personnes âgées doivent nourrir cette analyse. Car les besoins se repèrent aussi à l’accueil d’un CCAS, dans une conversation avec un étudiant ou au détour d’une visite à domicile.
Le calendrier annoncé prévoit un appel à manifestation d’intérêt au début de 2027, puis une présentation au conseil municipal en juin, pour un lancement dès l’été. À ce stade, les tarifs et les garanties restent à construire. La collectivité entend jouer un rôle de facilitatrice, dans un dispositif financé par les adhérents. L’étiquette « municipale » ne signifie donc pas que la mairie paiera les cotisations.
Le meilleur contrat commence parfois par un droit déjà ouvert
C’est sans doute le point le plus intéressant de cette démarche : avant de proposer une nouvelle couverture, vérifier que les habitants bénéficient des dispositifs auxquels ils peuvent déjà prétendre. Le maire insiste sur le non-recours à la complémentaire santé solidaire. Derrière ce terme administratif, il y a des démarches abandonnées, des droits ignorés, des courriers incompris. On peut multiplier les offres : si les personnes les plus éloignées des soins ne franchissent jamais la porte, une partie de la cible restera dehors. Le projet doit donc s’articuler avec un travail auprès de l’Assurance maladie et de la MSA pour aller chercher ces habitants. La réussite se mesurera au nombre de personnes mieux couvertes et à la réduction du non-recours, deux dimensions que la ville souhaite suivre.
Reste aussi à trouver la bonne échelle. Quatre communes de l’agglomération disposent déjà d’une expérience de mutuelle communale. La Roche-sur-Yon veut avancer dès 2027, en laissant aux autres communes la possibilité de rejoindre ensuite le dispositif. Le diagnostic sera intercommunal ; le premier déploiement, municipal. Même lorsqu’il est question de santé, la coopération demande un peu de diplomatie.
Ces mutuelles ne feront pas apparaître un rendez-vous médical là où il n’y en a plus. Elles peuvent cependant éviter qu’un habitant renonce au rendez-vous qu’il a enfin obtenu. Pour les maires, c’est encore une mission de plus. Pour celui qui hésite à se faire soigner, c’est une différence très concrète.