Intelligence artificielle : les managers territoriaux appelés à garder la main
L’intelligence artificielle s’installe progressivement dans les collectivités territoriales. Mais pour la MNT et les élèves de l’INET, l’enjeu n’est pas seulement technologique. Dans un guide qu'ils publient, ils invitent les managers publics à aborder l’IA avec discernement afin d’en faire un levier d’amélioration du service public et de la qualité de vie au travail, plutôt qu’un facteur de désorganisation ou de tensions.
Près de huit collectivités sur dix ont déjà engagé ou envisagent des projets d’intelligence artificielle. Une diffusion rapide qui s’opère souvent par les usages individuels des agents avant même l’existence d’une stratégie clairement définie. Pour les auteurs de l’étude réalisée dans le cadre de l’Observatoire MNT, l’IA ne doit pourtant pas être considérée comme un simple outil numérique mais comme un véritable sujet de gouvernance, de management et d’organisation.
L’étude, menée à partir de 33 entretiens réalisés dans 25 structures publiques et privées, souligne que l’IA modifie déjà les pratiques professionnelles, redistribue certaines tâches et interroge le sens du travail. Les collectivités sont ainsi confrontées à une question centrale : comment tirer alors parti de ces technologies sans fragiliser les collectifs de travail ni dégrader la qualité du service rendu aux citoyens ?
Former, acculturer et expérimenter
Le guide insiste sur plusieurs prérequis. D’abord, construire une culture commune autour de l’IA afin que les élus, les directions, les managers et les agents partagent les mêmes repères. Les auteurs constatent en effet une forte confusion entre les différentes formes d’intelligence artificielle et leurs usages.
L’acculturation apparaît également comme une condition essentielle de réussite. Plusieurs collectivités ont déjà mis en place des séminaires, des ateliers ou des « cafés IA » pour permettre aux agents de découvrir les outils, d’échanger sur leurs usages et de dépasser certaines réticences. La formation ne doit toutefois pas se limiter à l’apprentissage technique. Elle doit aussi développer l’esprit critique, la maîtrise des données et la capacité à évaluer la fiabilité des résultats produits par les algorithmes.
La qualité de vie au travail comme boussole
L’originalité de cette publication réside dans son approche centrée sur la qualité de vie et les conditions de travail. Les auteurs rappellent que l’IA peut aussi bien alléger certaines tâches répétitives que générer de nouvelles formes de pression, de perte d’autonomie ou de questionnement sur le sens du métier. Le document invite ainsi les managers territoriaux à adopter une démarche progressive fondée sur l’expérimentation, le dialogue social et l’évaluation continue des impacts. Plus qu’une révolution technologique, l’IA est présentée comme une transformation organisationnelle qui exige discernement, accompagnement et vigilance. Un message particulièrement pertinent pour les collectivités qui cherchent à conjuguer innovation, attractivité des métiers publics et qualité du service public local.