Assainissement : investir 2 milliards d’euros par an pour préparer l’avenir
À moins d’un an de la transposition de la nouvelle directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines, le Comité stratégique de la filière Eau appelle la France à ne pas manquer le rendez-vous. Selon son étude, les investissements nécessaires représenteraient environ 2 milliards d’euros par an, pour des bénéfices économiques, sanitaires et environnementaux estimés à 3 milliards.
Longtemps invisible parce qu’enfoui sous les villes, le réseau d’assainissement revient au premier plan. Le Comité stratégique de la filière Eau (CSF Eau) vient de présenter une étude consacrée aux conséquences de la directive européenne révisée sur les eaux résiduaires urbaines, dite DERU 2. Celle-ci devra être transposée en droit français avant le 31 juillet 2027, avec de premières échéances dès 2033 et une mise en conformité complète attendue en 2045.
Le chantier est considérable. La France compte 400 000 kilomètres de canalisations et 23 000 stations d’épuration traitant chaque année 7 milliards de mètres cubes d’eaux usées. Mais seules 44 % des eaux de surface sont aujourd’hui en bon état écologique et 42 % des réseaux respectent la réglementation actuelle en matière de rejets par temps de pluie. « La DERU 2 est un sujet de temps long par ses investissements, ses infrastructures et ses bénéfices pour les générations futures. Mais c’est aussi un sujet d’urgence », souligne Xavier Girre, président du CSF Eau. Les décisions prises dans les prochains mois détermineront la capacité des collectivités à programmer leurs travaux sans subir un mur d’investissements au milieu des années 2030.
La collecte, premier poste d’investissement
La principale transformation ne se jouera pas uniquement dans les stations d’épuration, mais dans les réseaux. Lors de fortes pluies, l’eau ruisselle sur les sols urbains en entraînant hydrocarbures, métaux lourds et déchets. Mélangés aux eaux usées, ces volumes peuvent saturer les canalisations et provoquer des déversements directs dans les milieux naturels.
La DERU 2 fixe un objectif indicatif limitant ces rejets à 2 % de la charge annuelle collectée. La filière recommande une trajectoire progressive : un maximum de 5 % sur l’ensemble du territoire, puis 2 % dans les zones les plus sensibles, notamment près des captages d’eau potable, des secteurs conchylicoles ou des eaux de baignade.
Deux tiers des investissements identifiés concernent cette collecte par temps de pluie. Plusieurs leviers peuvent être combinés : désimperméabilisation et végétalisation des villes pour favoriser l’infiltration, pilotage numérique des réseaux existants ou construction de bassins de stockage. « On pense toujours au traitement et pas à la collecte », ont insisté les représentants de la filière, alors que celle-ci constitue le cœur de la réforme.
La directive abaisse également de 2 000 à 1 000 équivalents-habitants le seuil imposant un réseau de collecte et une station d’épuration. En France, environ 300 petites agglomérations seraient directement concernées.
Des bénéfices supérieurs aux dépenses
La directive renforce parallèlement l’élimination de l’azote et du phosphore, introduit le traitement des micropolluants et impose aux stations de plus de 10 000 habitants d’atteindre la neutralité énergétique d’ici 2045. Méthanisation des boues, panneaux photovoltaïques et récupération de chaleur dans les eaux usées pourront contribuer à cet objectif.
Le seul traitement des micropolluants représente près de 5 milliards d’euros d’investissement, auxquels s’ajouteraient environ 100 millions d’euros de fonctionnement par an. La filière demande l’application du principe pollueur-payeur à travers une responsabilité élargie des producteurs, destinée à couvrir au moins 80 % de ces dépenses.
Au total, l’effort est évalué à environ 2 milliards d’euros par an entre 2028 et 2045. Mais l’étude chiffre les bénéfices à près de 3 milliards annuels : amélioration de la potabilisation, préservation des écosystèmes, protection du littoral, maintien de la conchyliculture et du tourisme, amélioration des eaux de baignade ou encore économies d’énergie.
Le CSF Eau réclame désormais une transposition complète et lisible, avec la publication simultanée des règles et du zonage national. « Les collectivités ont besoin de visibilité pour planifier leurs investissements », insiste Xavier Girre. La filière, qui rassemble 5 000 entreprises et 125 000 emplois, se dit prête. Encore faut-il lui permettre d’anticiper les recrutements, les études et les travaux nécessaires.