L’État serre la vis, les maires serrent les dents

, mis à jour le 04/11/2026 à 14h04
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DE GAUCHE À DROITE : André Laignel, 1er vice-président délégué de l’AMF ; David Lisnard, président de l’AMF ; Isabelle André, directrice exécutive d’Infopro Digital  et présidente du Groupe Moniteur

À l’occasion de la conférence de presse de présentation du 108e Congrès des maires et des présidents d’intercommunalité de France et du Salon des maires et des collectivités locales, David Lisnard, président de l’AMF, et André Laignel, premier vice-président délégué, ont haussé le ton. Au-delà de la bataille budgétaire, ils expriment la colère d’élus sommés de transformer leur territoire avec des moyens toujours plus contraints. Leur message est clair : rendez-nous la liberté d’agir.

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Il y a des débuts de mandat qui ressemblent déjà à des courses d’obstacles. Des projets présentés aux électeurs, une équipe fraîchement installée, des habitants impatients… et, avant même d’avoir vraiment commencé, la nécessité de reprendre la calculatrice. À écouter le Président et le vice-Président de l’Association des maires de France lors de leur conférence de presse, le nouveau mandat municipal s’ouvre avec une question peu réjouissante : combien de promesses pourront encore être tenues ?
Plus de 40 % de nouveaux maires, indique l’AMF, découvrent les responsabilités communales. Ils auront du travail. Adapter les écoles aux fortes chaleurs, entretenir les équipements, répondre aux besoins de logement, assurer la sécurité, maintenir les services : le programme est copieux. La liberté de choisir comment le financer paraît, elle, beaucoup plus mince.
« Regagnons nos libertés », proclame le thème du congrès. Le verbe dit presque tout. Mais pour regagner quelque chose, encore faut-il considérer qu’on l’a perdu.

Faites des économies, voici vos nouvelles charges

Le procès instruit par l’AMF est celui des injonctions contradictoires. Réduisez votre dette, mais empruntez pour rénover vos bâtiments. Accélérez la transition écologique, mais adaptez-vous aux incertitudes sur les aides. Préservez les services, mais absorbez de nouvelles dépenses. Et, surtout, participez à l’effort national.
Ce dernier mot commence manifestement à irriter. Les maires ne contestent pas la nécessité de redresser les comptes publics. Ils contestent une méthode qui, selon eux, transforme leurs marges de manœuvre en variable d’ajustement du budget de l’État. « Plus je dégage de la marge, plus l’État me prend dessus », résume David Lisnard. Difficile, dans ces conditions, de vendre les vertus de la bonne gestion aux équipes municipales.
Sur le projet de loi de finances pour 2027, la bataille des additions est ouverte. Aux 5,5 milliards d’euros présentés comme l’effort demandé aux collectivités, les responsables de l’AMF opposent un impact qu’ils estiment bien supérieur, pouvant dépasser 9 milliards en cumulant charges et pertes de moyens. Une estimation portée par l’association, qui entend additionner ce que les présentations gouvernementales séparent.
Derrière ces milliards, il y a des budgets beaucoup plus concrets. Celui d’une cantine, d’un équipement à rénover, d’un service à préserver. L’AMF rapporte ainsi le témoignage d’un maire pour lequel les prélèvements supplémentaires représenteraient l’équivalent du budget de la restauration scolaire. L’image frappe : dans une commune, une ligne comptable a vite le visage d’un enfant, d’un agent ou d’un usager.
La hausse des cotisations de retraite des employeurs territoriaux concentre aussi les critiques. Parce qu’elle s’impose, parce qu’elle se cumule et parce qu’elle arrive dans des budgets déjà contraints. Les élus se retrouvent alors à expliquer aux habitants pourquoi les projets ralentissent, alors qu’ils n’ont décidé ni de la dépense supplémentaire ni de la réduction de leurs ressources.

La liberté locale ne se distribue pas sur dossier

La colère ne porte pourtant pas seulement sur le montant des chèques. Elle vise aussi la dépendance qu’organise leur distribution. Un fonds pour ceci, une enveloppe pour cela, un appel à projets à surveiller, un dossier à défendre : les maires finissent par passer beaucoup de temps à solliciter les moyens d’exercer les responsabilités pour lesquelles ils ont été élus.
Sur ce terrain, le discours de l’AMF est net. Les dispositifs existent, les collectivités les utilisent. Mais elles réclament d’abord des ressources et la capacité de décider, puis de rendre des comptes aux habitants. La critique de la suppression de la taxe d’habitation revient ainsi dans le débat, autant comme question démocratique que financière : quel lien conserve-t-on entre le contribuable, le service public et la décision locale ?
Même logique sur la simplification. L’association reconnaît des avancées dans les récents allègements réglementaires. Elle sait saluer un toilettage utile. Mais entre quelques obstacles retirés et une liberté d’action retrouvée, la distance reste grande. Renforcer les pouvoirs des préfets ne suffit pas, à ses yeux, à faire une décentralisation.
Cette fois, l’AMF insiste aussi sur son unité. Les positions budgétaires, assure sa direction, sont élaborées et adoptées à l’unanimité. Façon de prévenir la tentation de réduire les revendications à une opposition partisane. La couleur politique d’un maire change peu de chose au coût d’une école à rénover.

Le congrès promet donc des échanges nourris. Ses 84 rendez-vous annoncés offriront aux élus des outils, des expériences et des pistes pour agir. Mais aucune bonne pratique ne remplacera une capacité d’autofinancement amputée. Aucun atelier ne résoudra, à lui seul, le décalage entre les ambitions nationales et les moyens locaux.
Les maires demandent à pouvoir travailler. Et à être jugés sur leurs choix. C’est peut-être la revendication la plus simple de cette rentrée municipale : disposer encore des clés de la maison commune.
 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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