Mobilité des aînés, le premier pas contre l’isolement
Trottoirs inadaptés, absence de transport, peur de tomber… Les difficultés de déplacement fragilisent l’autonomie et les liens sociaux des personnes âgées, alerte un rapport des Petits Frères des Pauvres. Pour les collectivités, l’enjeu dépasse les transports : c’est tout l’environnement quotidien qu’il faut repenser.
Aller acheter son pain, retrouver un ami ou rejoindre un cabinet médical : ces gestes ordinaires deviennent parfois des épreuves avec l’avancée en âge. Dans leur rapport consacré aux mobilités et à l’isolement des personnes âgées, publié en octobre 2026, les Petits Frères des Pauvres mettent en lumière les conséquences de ces déplacements empêchés. Plus de trois millions de personnes de 60 ans et plus se sentent isolées en raison de leurs possibilités de déplacement.
Réalisée par CSA Research auprès de 1 824 personnes, interrogées par téléphone du 7 au 29 avril 2026, l’enquête couvre la France métropolitaine, la Guadeloupe et la Martinique. Douze entretiens avec des personnes accompagnées par l’association complètent ce travail. Son enseignement majeur : préserver la mobilité suppose d’agir simultanément sur la santé, le logement, l’espace public et l’accompagnement humain.
Des déplacements empêchés aux soins abandonnés
Les difficultés commencent parfois avant même de franchir sa porte. Près d’une personne âgée sur dix rencontre des obstacles pour se déplacer dans son propre logement. À l’extérieur, 29 % jugent les trottoirs et aménagements de leur lieu de vie inadaptés à la marche. Cette proportion atteint 39 % en milieu rural et 59 % en Guadeloupe et en Martinique. À ces obstacles matériels s’ajoutent les fragilités physiques et les appréhensions : 43 % déclarent des douleurs ou des maladies limitant leurs déplacements quotidiens, et près d’un tiers redoutent de perdre l’équilibre ou de tomber. Progressivement, le périmètre de vie peut se réduire.
Les conséquences sont très concrètes. Au cours des douze mois précédant l’enquête, 13 % des personnes interrogées ont renoncé à voir des proches faute de moyen de locomotion, soit plus de 2,5 millions de personnes selon les extrapolations du rapport. Et 8 %, soit plus de 1,5 million, ont renoncé à des soins pour cette même raison. Les plus modestes sont particulièrement exposés : parmi les personnes disposant de moins de 1 000 euros mensuels, le renoncement aux visites atteint 32 %.
La dépendance automobile accentue ces vulnérabilités. Dans les territoires ruraux, 82 % des personnes âgées n’utilisent pas les transports en commun ; parmi elles, 66 % invoquent l’absence de desserte à proximité. L’arrêt de la conduite peut alors devenir une rupture majeure dans leur autonomie.
Des trottoirs praticables et des liens à préserver
Face à ce constat, l’association propose notamment un « Plan piéton pour tous ». Pour les communes et intercommunalités, cela passe par des cheminements continus et sécurisés, des bancs, des zones d’ombre, des toilettes publiques et une signalétique adaptée. Des « diagnostics en marchant », associant habitants et acteurs locaux, permettraient de repérer les obstacles sur les parcours réellement empruntés.
Autre priorité : maintenir commerces et services à proximité. Une boulangerie, un équipement public ou un service de santé accessible constituent aussi des occasions de rencontre. Le rapport recommande ainsi d’intégrer les enjeux du vieillissement dans les projets de renouvellement urbain et les contrats de ville.
L’offre de transport doit, elle aussi, être complétée par un accompagnement humain. L’association préconise de développer la mobilité solidaire et les dispositifs individuels de sortie. À Paris, « Paris en Compagnie » propose ainsi aux plus de 65 ans des déplacements accompagnés par des bénévoles, pour une promenade, une démarche ou un rendez-vous médical.
Enfin, l’adaptation du logement doit être pensée avec son environnement : pouvoir circuler chez soi ne garantit pas de pouvoir rejoindre un commerce ou retrouver des proches. Pour les collectivités, le rapport invite à relier politiques de l’habitat, mobilités, santé et action sociale. Avec un objectif : permettre aux aînés de continuer à prendre part à la vie locale.