, mis à jour le 04/11/2026 à 16h14

« Pour accélérer la décarbonation, les collectivités doivent cibler les équipements les plus énergivores »

Michel Gioria
Directeur général
SERCE
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" Nous devons réduire la dépendance aux énergies fossiles, mais aussi disposer de bâtiments utilisables en été comme en hiver ".

Réduire les factures pour financer la transformation du territoire : Michel Gioria, directeur général du SERCE, défend une décarbonation inscrite dans la durée. À l’occasion de la sortie du guide, publié par le syndicat et destiné aux collectivités, il détaille les leviers pour hiérarchiser les travaux, mobiliser les financements et garantir les économies attendues.

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CNAS MEGA BANNER S45 ET S47
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CNAS MEGA BANNER S45 ET S47

Comment passer de travaux ponctuels à une véritable stratégie de décarbonation ?

Il faut articuler les différents chantiers : rénovation des bâtiments publics, électrification des mobilités, modernisation des réseaux et production locale d’énergie. Car installer quelques bornes ou rénover un équipement ne suffit pas à construire une stratégie territoriale. Nous recommandons d’agir dans un ordre précis : réduire les besoins énergétiques, optimiser les consommations grâce au pilotage, puis développer la production et l’autoconsommation locales. Cette démarche doit être inscrite dans un plan pluriannuel d’investissement, portée par un élu référent et suivie avec des indicateurs de performance. Pour chaque opération, le guide que nous venons de publier propose de relier quatre dimensions : l’action, son cadre réglementaire, le contrat adapté et le financement mobilisable. La bonne nouvelle est que les équipes municipales en place disposent d’un horizon permettant de programmer, mais aussi de concrétiser des projets durant le mandat. Cette stabilité est précieuse.

Lorsque les budgets sont contraints, quels investissements privilégier ?

Il faut commencer par ce qui coûte le plus cher à la collectivité. Une école, une piscine ou un gymnase particulièrement énergivore doit être examiné en priorité. C’est là que les économies seront les plus visibles dans le budget et que le retour sur investissement peut faciliter le financement. L’éclairage public est également un levier important : il représente en moyenne 40 % de la facture d’électricité d’une commune. Une rénovation complète associant LED et pilotage peut générer jusqu’à 90 % d’économies d’énergie, avec un retour sur investissement inférieur à sept ans. Ce sont des potentiels, pas des résultats automatiques : chaque projet doit partir d’un diagnostic. À Calais, la modernisation présentée dans le guide a permis de réduire les consommations de 83 %. Il faut aussi rendre la transformation visible. Des bornes de recharge ou des bâtiments publics changeant de chauffage donnent un signal aux habitants et aux entreprises : le territoire se prépare à de nouveaux usages de l’électricité et adapter ses infrastructures au changement climatique.

Comment une petite commune peut-elle mobiliser les aides existantes ?

L’enjeu est de construire le financement dès la conception du projet, et non de chercher des aides une fois les travaux engagés. Plusieurs dispositifs peuvent être mobilisés et, selon leurs règles, combinés : certificats d’économies d’énergie, Fonds vert, Fonds Chaleur, DETR, DSIL ou FEDER. Le guide présente des opérations ayant bénéficié de 55 à 75 % de subventions. À Boismorand, commune de 800 habitants, la rénovation d’une école associant isolation et géothermie représente 507 000 euros HT d’investissement, financés à 75 % par des subventions, avec une baisse de 40 % de la facture d’électricité. Cela ne signifie pas que ces taux soient accessibles partout : il faut examiner chaque opération et les dispositifs disponibles. Pour les petites communes, les syndicats d’énergie sont des interlocuteurs essentiels. Ils peuvent accompagner les demandes d’aides, la rédaction des cahiers des charges, les consultations et le suivi des travaux. Un maire et un secrétariat de mairie ne peuvent pas porter seuls toute cette technicité.

Les certificats d’économies d’énergie restent-ils insuffisamment utilisés ?

Oui. Selon les données reprises dans le guide, moins d’un tiers des collectivités valorisent leurs CEE. Ce dispositif peut pourtant contribuer au financement de l’éclairage public, de l’isolation, des pompes à chaleur ou du pilotage énergétique. Pour la collectivité, cette contribution peut prendre la forme d’une prime, d’une remise sur devis ou d’un versement, dans le cadre d’opérations éligibles générant des économies d’énergie. Il faut sécuriser cette mobilisation en amont : identifier les opérations et les fiches applicables, préciser qui bénéficiera des certificats et comment ils seront valorisés. Ces questions doivent être abordées dès le cahier des charges. L’accompagnement technique et financier des entreprises et / ou syndicats d’énergie permet d’éviter de passer à côté de ce levier.

Une collectivité doit-elle disposer de l’intégralité des fonds avant de lancer ses travaux ?

Pas nécessairement. Des mécanismes permettent de lever l’obstacle de l’investissement initial. Avec le tiers-financement, un tiers avance les fonds et se rémunère selon les modalités contractuelles prévues. Ces outils conduisent à raisonner sur le coût global : investissement, financement, exploitation et maintenance, en regard des économies attendues. Ils ne dispensent pas d’examiner les engagements financiers de la collectivité, mais peuvent permettre d’agir sans attendre de réunir immédiatement tout le budget. Si les premières opérations sont bien choisies, les économies dégagées peuvent ensuite contribuer à financer les suivantes. C’est un cercle vertueux, à condition de maintenir une politique continue.

Comment s’assurer que les économies promises seront réalisées ?

Il faut contractualiser un résultat, pas seulement acheter des travaux ou des équipements. Le contrat de performance énergétique, le CPE, fixe une situation de référence, des objectifs mesurables et des modalités de suivi, avec des mécanismes d’intéressement et de pénalités. Il prend fréquemment la forme d’un marché public global de performance associant conception, réalisation et exploitation. À Santes, un marché portant sur huit bâtiments municipaux a ainsi permis une réduction de 20 % des consommations de chauffage dès la troisième année. Il s’agit de construire un partenariat équilibré, précisant les responsabilités de chacun : maîtrise d’ouvrage, assistance à maîtrise d’ouvrage, concepteurs, entreprises, exploitants et intervenants chargés de vérifier le fonctionnement des installations. La collectivité doit pouvoir suivre les gains et demander des corrections si les résultats ne sont pas atteints. La vraie valeur réside dans la performance tenue dans la durée.

L’électrification risque-t-elle de prendre le pas sur la rénovation des bâtiments et leur adaptation aux canicules ?

Il faut relier l’ensemble des objectifs, car nous devons réduire la dépendance aux énergies fossiles, mais aussi disposer de bâtiments utilisables en été comme en hiver. Dans une école, la surchauffe dépasse la seule question du confort : elle peut compromettre l’accueil des enfants. Le travail sur l’enveloppe, les protections solaires et la ventilation doit donc être articulé avec celui portant sur les systèmes énergétiques. Il ne faut pas regarder séparément les fenêtres, le chauffage et les équipements. Cela nécessite de l’ingénierie. C’est pourquoi la suppression annoncée d’ACTEE nous inquiète : cet outil joue un rôle important dans l’appui à l’ingénierie  des collectivités. Une réorganisation des dispositifs ne doit pas déstabiliser les compétences qui permettent aux projets d’aboutir.

Qu’est-ce qui distingue les territoires qui ont pris de l’avance ?

La continuité. Certains utilisent depuis des années les dispositifs successifs de transition écologique pour diagnostiquer leur patrimoine, programmer les travaux et poursuivre les investissements. À Figeac, les élus nous ont décrit une démarche engagée une dizaine d’années auparavant : diagnostic de l’éclairage public, élargissement de la réflexion au Grand Figeac, consultations d’entreprises, puis rénovation progressive vers les LED et leur pilotage. Ces territoires s’appuient sur les aides pour mener leur stratégie, plutôt que de juxtaposer des opérations. Ils suivent les résultats et réinvestissent. C’est cette constance qui permet de transformer durablement le patrimoine, les dépenses énergétiques et d’envoyer des signaux positifs aux concitoyens en matière d’électrification et d’adaptation.
 

Danièle Licata, rédactrice en chef Zepros Territorial, décrypte enjeux publics et collectivités. Forte de 20 ans en presse économique, elle rend accessibles les sujets complexes avec passion et engagement.
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