Danièle Licata

3 Minutes / 3 Questions dans les conditions du Direct

Jérôme Sourisseau
Président de Grand Cognac (16) et Maire de Bourg-Charente (16)
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Jérôme Sourisseau

Zepros Territorial vous emmène chaque semaine avec France Climat à la rencontre d’un élu de France. Un format direct, rapide et percutant pour découvrir les défis, réussites et visions de femmes et d’hommes engagés. Invité cette semaine, Jérôme Sourisseau, président de Grand Cognac (16) et Maire de Bourg-Charente (16). En 3 minutes chrono, il partage ses projets marquants, ses petites frustrations et ses grandes ambitions pour sa commune. Un échange sans détour, à ne pas manquer ! 

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Boucler le budget d’une communauté d’agglomération s’apparente-t-il à un exercice d’équilibriste ?

C’est même plus que cela : c’est un parcours d’obstacles permanent. Il y a une quinzaine d’années, nous pouvions bâtir des plans pluriannuels d’investissement sur cinq à dix ans avec une bonne visibilité sur nos recettes. Aujourd’hui, tout a changé. Le remplacement de la taxe d’habitation par une fraction de TVA, présenté comme une solution dynamique, s’est soldé par un gel de cette dynamique. Même chose avec la CVAE (Cotisation sur la Valeur ajoutée des entreprises). Les règles évoluent sans cesse, les notifications arrivent tardivement, parfois après le vote du budget, comme en 2025, où nous avons appris en février que nous serions prélevés de 725 000 euros. Résultat : nous avons dû geler 3 % de crédits sur toutes les lignes. L’incertitude paralyse les investissements, alors qu’ils sont indispensables pour soutenir l’économie locale et répondre aux attentes des habitants. Ce que je demande, c’est une loi de programmation des finances locales, avec des garanties sur cinq ans. Pas pour tout figer, mais pour redonner un cap clair.

Quels sont vos champs de compétences ?

Les compétences d’une agglomération comme Grand Cognac sont très larges et ne cessent de s’élargir. Il y a celles que les communes nous transfèrent volontairement – équipements culturels, petite enfance, voirie – et celles qui relèvent d’obligations légales : plan climat, habitat, mobilité, gestion des déchets, assainissement, développement économique. Ces dernières exigent des documents stratégiques, souvent coûteux à élaborer et à évaluer tous les trois ans. À cela s’ajoutent de plus en plus de postes cofinancés avec l’État, la CAF ou d’autres opérateurs : conseillers numériques, France Services, etc. Ces partenariats, bien qu’utiles, rendent la gestion plus fragile. Si les cofinancements disparaissent, il faut assumer seuls des charges durables, souvent avec des agents titularisés. Cette architecture complexe alourdit notre fonctionnement, alors même que celui-ci conditionne notre capacité à investir.

Quel est le projet dont vous êtes le plus fier ?

Ce n’est pas un projet en particulier, mais une transformation globale : avoir donné une âme et une reconnaissance à cette jeune agglomération. Grand Cognac est née de la loi NOTRe, dans une forme de contrainte. Sept ans plus tard, elle est identifiée comme un acteur fort et structurant de son territoire. Nous sommes présents sur tous les fronts : culture, sport, enfance, jeunesse, mobilité. L’image de l’agglo est aujourd’hui très positive, et je crois que c’est cette capacité à créer une identité commune, au service des 54 communes, qui est ma plus grande fierté.

Un projet vous laisse-t-il un goût d’inachevé ?

Plutôt qu’un projet, je parlerais d’une vigilance constante : celle de ne pas laisser certaines communes à la peine. L’agglomération ne peut fonctionner pleinement que si toutes ses composantes avancent ensemble. La solidarité intercommunale doit s’exprimer, avec justesse et mesure. Et puis, il y a cette frustration liée à la crise du cognac. Depuis des années, nous investissons pour faire de ce territoire une destination attractive, accueillante, moderne. Mais cette crise, qui touche nos marchés export (Chine, États-Unis), envoie un signal inverse. On a travaillé dur pour donner envie de venir, et aujourd’hui, les incertitudes économiques peuvent casser cette dynamique.

Quels projets marqueront votre mandat ?

Je pourrais citer plusieurs réalisations très concrètes. D’abord, la rénovation de sites patrimoniaux majeurs comme les tours Saint-Jacques ou le château de Bouteville. Ensuite, des projets de service public essentiels : 100 nouvelles places en centre de loisirs, des rénovations de crèches, des équipements sportifs de grande qualité, cinq espaces France Services créés en sept ans. Mais il y a aussi des projets éducatifs innovants, comme le parcours “savoir nager” qui permet à tous les élèves du territoire d’apprendre à nager, pris en charge intégralement par l’agglomération. Aujourd’hui, tout enfant sortant de CM2 à Grand Cognac sait nager. C’est un marqueur fort, invisible pour certains, mais fondamental pour l’égalité des chances et la sécurité des enfants.

 

Danièle Licata
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